dansespluriel Index du Forum dansespluriel
forum consacré aux danses, tous styles
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc.

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    dansespluriel Index du Forum -> Les spectacles et les festivals -> Opéra de Paris
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Valérie Beck
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 10 Aoû 2012
Messages: 5 538
Localisation:
Féminin

MessagePosté le: Dim 21 Mai - 14:51 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc. Répondre en citant

En préambule, et passant en coup de vent, voici déjà à lire sur Gallica, Trilby ou le Lutin d'Argail, de Nodier, d'où est tiré par Adolphe Nourrit lui même, chanteur adulé à l'époque, le livret du ballet :   A lire ICI
Le sous titre " Nouvelle d'Ecosse" clame l'amour de Nodier pour Walter Scott!

Et bien sûr, une charmante image  des créateurs, les Taglioni, en 1832. Le romantisme fut tardif en France, mais il n'en fut pas moins d'une extravagante subtilité!


_________________
mon blog de danse http://www.shabastet.com/

Formation personnelle de yoga en 3 ans, de professeur en 4 ans et de yoga nidra en 2 ans
http://www.art-et-yoga.fr/
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: Dim 21 Mai - 14:51 (2017)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Valérie Beck
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 10 Aoû 2012
Messages: 5 538
Localisation:
Féminin

MessagePosté le: Ven 26 Mai - 12:19 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc. Répondre en citant

Voici les pointes de Marie Taglioni ( à coté, des reconstitutions modernes)



   

C'est vers les années 1820 que les danseuses commencent  à monter sur Pointes, mais rien à voir avec aujourd'hui
La plupart du temps la danseuse est sur une demi pointe haute et à la faveur de certains mouvements, elle  passe par la pointe du pieds mais sans y rester.
Quand on voit le chausson de Marie Taglioni, on voit qu'elle se hisse à la force du pied, et qu'il n'y a pas cette coque qu'on trouve aujourd'hui dans le chausson

Monter sur pointes est symbolique de cette époque où éclot le romantisme en France, qui est tardif car il est apparu vers les années 1780/90 en Angleterre ou en Allemagne où il s'impose dès les années 1800 ( Walter Scott, les  mythiques poèmes en gaelic d'Ossiaen, le peintre Fussli) ; pour les Romantiques, il faut que la femme soit désincarnée, irréelle. Pourquoi ?  Car le mouvement romantique se caractérise par un refus du monde réel; c'est toute la génération 1802( consulat de Napoléon)  qui est déçu par le retour de la monarchie, l'injustice qui triomphe à nouveau partout, le retour à un ordre ancien; et cette génération cherche la fuite dans le rêve, le voyage, l'au delà ou le " hachish"... dans ces mondes " parallèles", des femmes charnelles ne peuvent vivre. Seules des créatures éthérées animent ces univers, et sont seules capables d'offrir un amour éternel, même si pour cela, il faut mourir.
C'est tout le propos de tous les contes d'Hoffmann, de Gauthier, où les héros sont toujours amoureux de femmes de " l'autre monde", jusqu'à un surgeon de ce mouvement dans le roman la " Baronne Trépassée".

Marie Taglioni exploite donc dans le rôle de la Sylphide cet aspect nouveau de la danse : en montant sur pointes, la danseuse "renonce" au sol, renforce l'impression de légèreté et d'appartenance au monde des esprits.
Le tutu et la chorégraphie vont dans le même esprit, mais c'est pour un autre jour, d'autant qu'il faut que je parle des Valses nobles et sentimentales de Ravel sur un autre fil!
_________________
mon blog de danse http://www.shabastet.com/

Formation personnelle de yoga en 3 ans, de professeur en 4 ans et de yoga nidra en 2 ans
http://www.art-et-yoga.fr/
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Valérie Beck
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 10 Aoû 2012
Messages: 5 538
Localisation:
Féminin

MessagePosté le: Dim 4 Juin - 14:32 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc. Répondre en citant

On doit à Pierre Lacotte d'avoir remonté la Sylphide. Les archives de l'INA ont mis une petite note à ce propos!

Je me rappelle un documentaire où l'on voyait tout le processus de création expliqué par Pierre Lacotte lui même, c'était passionnant, notamment dans sa volonté de refaire les tutus à l'identique, ce qui posait de vrais problèmes car il était quasiment impossible de retrouver des tissus aussi légers que ceux de l'époque. Il s'est inspiré des décors et costumes de Lami et de Ciceri

Citation:
le peintre Eugène Lami invente pour l'occasion le fameux « tutu », un long et vaporeux jupon en mousseline qui fait bouffer une robe de crêpe blanche.


C'est le futur prototype de la robe de mariée, qui sera inspiré par le tutu de la Sylphide, et plus encore par Giselle... autrement dit le jour de son mariage, la jeune demoiselle se met en deuil... et doit devenir pour son époux une créature évanescente et irréelle...
Ce " flou" apporté au tutu - il y a des ateliers de flou spéciaux à l'opéra - renforce le côté irréelle de cette créature dotée de deux petites ailes de paon.


 
Citation:
Et le 9 juin 1972, le rideau du Palais Garnier se lève sur La Sylphide de Taglioni ressuscitée par Pierre Lacotte. Ce dernier adapte sa reconstitution aux exigences du Palais Garnier et de son important corps de ballet et l'amplifie, tandis que les ateliers de l'Opéra élaborent les décors d'après les maquettes de Ciceri et les costumes d'Eugène Lami. Créé par les étoiles Noëlla Pontois et Cyril Atanassoff, en alternance avec Ghislaine Thesmar - étoile invitée - et Michaël Denard, La Sylphide s'est imposée au Palais Garnier où elle demeure toujours au répertoire.


Il y a un documentaire dans les archives de l'INA avec Lacotte, Thesmard et Denard,  payant hélas, mais vous pouvez voir les deux premières minutes gratuitement!

_________________
mon blog de danse http://www.shabastet.com/

Formation personnelle de yoga en 3 ans, de professeur en 4 ans et de yoga nidra en 2 ans
http://www.art-et-yoga.fr/
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Valérie Beck
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 10 Aoû 2012
Messages: 5 538
Localisation:
Féminin

MessagePosté le: Mar 6 Juin - 16:51 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc. Répondre en citant

En 1845, Jules Janin écrit une notice sur la Sylphide que vous pouvez lire ICI
Entre temps, la mode est à la Sylphide : les femmes se vêtent de tulle, le plus beau compliment qu'on puisse leur adresser est d'être une Sylphide; il y a une pivoine nommée ainsi, ainsi qu'une revue.


 
Citation:
 Il y a dans Shakspeare un passage qui exprime assez bien l’effet produit par une de ces belles représentations de la Sylphide, quand mademoiselle Taglioni dansait de toute son âme et de tout son cœur : « L’air est rempli de bruits, de sons et de doux airs qui donnent du plaisir sans jamais nuire. » Mais personne ne saurait dire combien de douleurs mademoiselle Taglioni savait mettre dans le dénouement de son drame ; on eût dit l’agonie d’un beau lis ; elle mourait peu à peu, lentement, d’une mort aérienne, l’horrible sorcière regardant d’un œil narquois cette mort funeste. Cependant les sœurs de la Sylphide descendaient des nuages portant le linceul de gaze, et le groupe mélancolique se perdait là-haut dans le nuage silencieux.
Et même 13 ans après la création de ce rôle, La Taglioni est toujours ensencée :


 
Citation:
 En vérité, il n’y avait qu’elle au monde qui dansât ainsi. Elle était si pâle, elle était si chaste et si triste ! En même temps on savait si bien qu’elle était à l’aise, là-haut, sur nos têtes, et qu’elle n’aurait pas de vertiges ! C’était une danse toujours nouvelle, une grâce toujours nouvelle ; nul effort, nulle gêne, tout cela lui venait comme le chant vient à l’oiseau ; et quand elle s’arrête enfin, quand elle descend de ce deuxième ciel où elle était si bien, c’est qu’elle ne veut pas nous fatiguer à la suivre plus loin que le nuage rose dans lequel elle se perdait si souvent.
Portée à ce degré de légèreté et d’élégance, la danse devient, tout à fait, un art digne de tenir sa place à côté des plus beaux-arts. Cet art a frappé même les meilleurs esprits et les plus graves. Naguère encore, à propos (qui le croirait ?) de M. de Rancé, le réformateur de la Trappe, M. de Chateaubriand, s’arrêtant dans le récit de ces austérités chrétiennes, se mettait à saluer, d’un sourire jeune encore, la danse de Marie Taglioni, et ce nom-là, inattendu dans un si grave sujet, ajoutait une grâce nouvelle à ce livre tout rempli des plus austères et mélancoliques reflets.



Chaste, dit-on, car la femme idéale, immatérielle, qui appartient au monde des esprits, ne saurait être charnelle et incarnée; les hommes rêvent non pas d'un air de chair et de sang, mais d'un esprit qui vient de l'autre-monde, y vit, et parfois même, leur en ouvre la voie.
_________________
mon blog de danse http://www.shabastet.com/

Formation personnelle de yoga en 3 ans, de professeur en 4 ans et de yoga nidra en 2 ans
http://www.art-et-yoga.fr/
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Valérie Beck
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 10 Aoû 2012
Messages: 5 538
Localisation:
Féminin

MessagePosté le: Sam 8 Juil - 11:09 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc. Répondre en citant

Aujourd'hui : de la Sylphide à Giselle!  En passant par Flore...


 
Qui est t'elle?
C'est Marie Taglioni!
A t'elle un rapport avec Giselle?
Oui, indirectement... Marie Taglioni est la première danseuse a être montée sur pointes...on n'imagine pas aujourd'hui de danseuses classiques sans leurs pointes, ces chaussons sur lesquels elles se hissent en équilibre, et qui rendent la silhouette tellement aérienne!
Cette invention date du début du romantisme en France. 1831 : création de la Sylphide, ballet qui annonce Giselle à sa manière... La Sylphide raconte l'histoire au féminin de Trilby, petit esprit malicieux qui vivait dans une demeure écossaise et était secrètement amoureux de la maîtresse de maison. Nodier en a un fait une nouvelle très romantique, qui s'achève par la mort du malheureux et inoffensif Trilby...
La Sylphide est sa " soeur" et est à l'origine du premier ballet où apparaissent tutu long, comme sur la photo, tulle, tarlatane, corsage, fleurs, et couronnes sur la tête. Voyez comme l'image de l'époque rend totalement immatérielle la danseuse : ses pieds sont minuscules, elle semble voler, être totalement à l'aise dans l'air... son rapport à la Terre, à la matière, est inexistant. Elle incarne la femme qui ne peut exister... un être idéal, doté de petites ailes fragiles et graciles qui lui permettent de se mouvoir, invisibles, autour des vivants qu'elle taquine gentiment...
Giselle utilisera tous ses éléments, pointes, tutus, ailes, mais en plus le voile : voilà, la panoplie de la robe de mariée voit le jour entre 1830 et 1840. Ce costume est porté par des êtres irréels qui finissent tragiquement...

________________________________________


 

 
  

A noter aussi que la coiffure de Giselle ne sera pas la même : chignon relevé en frisettes autour du front, pour la Sylphide, dégageant la nuque et qui donne un côté espiègle, gai, bandeau plat autour du visage et chignon bas pour Giselle : ces détails ont leur importance : on est passé du léger, du gracile, au grave, au sérieux, au drame... même la coiffure recouverte du voile, celui de la virginité, celui du mystère, celui des fantômes... qui sera celui de la mariée... apporte non du rêve, mais de la douleur. Les manches tombent sur les épaules et flottent, tout va vers le bas...
C'est un prodige qu'un simple costume, à lui seul, exprime déjà tant de choses : le costume de la Sylphide, avec ses fleurs bleues, le collier de perles autour du cou, est gracieux, séduisant; la Sylphide est vivante, mais désincarnée. ( Voir aussi photo plus bas)
Le voile, les ailes basses, les manches tombantes de Giselle expriment une douleur, un deuil consommé... Giselle est une morte.... encore amoureuse, comme dans la nouvelle de Hoffmann...
Quand aux petites ailes, qui donnent une dimension angélique à la Sylphide ( voir la photo de Marie Taglioni) elles n'ont plus du tout la même dimension dans Giselle ( voir ci dessus Markarova en 1944) : elles ne sont plus accrochées droites et bleues, assez haut sur le tutu, comme des ailes de paon. D'ailleurs, lorsque la Sylphide meurt, ce sont ses ailes qui tombent en premier, signifiant au petit être ailé sa fin proche. Elles les prend dans ses mains, comprend sa fin proche, pleure et nous avec...

Dans Giselle, les ailes ont un côté fantômatique, dramatique... elles sont là pour que les Willis s'envolent la nuit comme les phalènes et tourmetent les voyageurs égarés...
Les ailes sont blanches, diaphanes, mais elles sont aussi communes aux êtres démoniaques, chauves souris, diables ailés... les willis appartiennent en partie à ce monde démoniaque des damnés éternels... leurs ailes ne sont plus celles des anges...


  


En1831, un an avant la Sylphide, on avait eu un avant goût de ce que serait la Sylphide lorsque Taglioni avait endossé le rôle de Flore, femme du Zephyr, ( Ballet de Didelot datant de 1 796) offrant déjà un avant goût de l'être désincarné et immatériel.


Marie Taglioni monte sur pointes pour la première fois dans la Sylphide
Mais revenons aux pointes : on n'imagine pas aujourd'hui quelle révolution se fut que de se hisser dessus. Les pointes n'avaient pas la solidité d'aujourd'hui et obligeait la danseuse à puiser toute sa force dans ses pieds et ses mollets...
L'attitude de Markarova et de Marie Taglioni est la même ( regardez les deux photos) : petite arabesque basse sur pointe. Mais vous observez que la pose de Marie est celle d'un être léger et joyeux, comme le sont les lutins : comment des pieds aussi minuscules peuvent porter une danseuse?
C'est qu'elle vit d'air et de vent... sans doute est ce la raison qui a fait que depuis toujours les danseuses classiques recherchent la minceur absolue : non seulement, c'est plus facile pour elles de monter sur pointes quand elles sont légères, mais de plus, elles ne blessent pas leur partenaire qui les porte, et qui est un critère de recrutement au sein des ballets; de plus, elles appartiennent du coup d'office au monde des êtres immatériels et irréels!
Marie Taglioni explique qu'elle a travaillé d'arrache pied sous la férule de son père qui lui imposait deux heures d'exercices le matin, deux après le dejeuner et deux le soir, plus les spectacles. " Quand je n'en pouvais plus, dit elle, je comptais encore jusqu'à 100 pour gagner en endurance"
Effectivement, elle fit faire un bond énorme à la technique classique...
_________________
mon blog de danse http://www.shabastet.com/

Formation personnelle de yoga en 3 ans, de professeur en 4 ans et de yoga nidra en 2 ans
http://www.art-et-yoga.fr/
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Pink Kitten


Hors ligne

Inscrit le: 27 Sep 2016
Messages: 149
Féminin

MessagePosté le: Mar 11 Juil - 11:50 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc. Répondre en citant

Comme toujours, vos informations sont présentées de façon très intéressante à lire, Valérie. Merci.
_________________
Pas besoin de savoir danser pour admirer la danse. Il suffit de savoir apprécier ce qui est beau.
Revenir en haut
Valérie Beck
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 10 Aoû 2012
Messages: 5 538
Localisation:
Féminin

MessagePosté le: Jeu 13 Juil - 09:13 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc. Répondre en citant

Merci, Pink Kitten,  cela fait toujours plaisir à lire!Je n'ai pas alimenté ce topic autant que je l'aurais voulu par manque de temps, mais je rajouterai quelques petites choses cet été!
_________________
mon blog de danse http://www.shabastet.com/

Formation personnelle de yoga en 3 ans, de professeur en 4 ans et de yoga nidra en 2 ans
http://www.art-et-yoga.fr/
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:59 (2017)    Sujet du message: Autour de la Sylphide : Nodier, W. Scott, les pointes, Taglioni, le romantisme, etc.

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    dansespluriel Index du Forum -> Les spectacles et les festivals -> Opéra de Paris Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com